Aller directement au contenu
  • Catégories
  • Récent
  • Mots-clés
  • Populaire
  • Utilisateurs
  • Groupes
Habillages
  • Light
  • Brite
  • Cerulean
  • Cosmo
  • Flatly
  • Journal
  • Litera
  • Lumen
  • Lux
  • Materia
  • Minty
  • Morph
  • Pulse
  • Sandstone
  • Simplex
  • Sketchy
  • Spacelab
  • United
  • Yeti
  • Zephyr
  • Dark
  • Cyborg
  • Darkly
  • Quartz
  • Slate
  • Solar
  • Superhero
  • Vapor

  • Défaut (Aucun habillage)
  • Aucun habillage
Réduire
Logo

Forum du site diplomania2.fr

  1. Accueil
  2. Diplomatie le jeu
  3. Encyclopædia Diplomatica
  4. Nous sommes devenus fous

Nous sommes devenus fous

Planifier Épinglé Verrouillé Déplacé Encyclopædia Diplomatica
2 Messages 2 Publieurs 54 Vues
  • Du plus ancien au plus récent
  • Du plus récent au plus ancien
  • Les plus votés
Répondre
  • Répondre à l'aide d'un nouveau sujet
Se connecter pour répondre
Ce sujet a été supprimé. Seuls les utilisateurs avec les droits d'administration peuvent le voir.
  • TestT Hors-ligne
    TestT Hors-ligne
    Test
    a écrit sur dernière édition par
    #1

    écrit pour La Gazette, publications en ligne de feu 18centres

    adapté à partir d'un article paru dans Fluide Glacial datant du début des années 1980 sur un jeu de figurines pour deux joueurs ayant pour thème les guerres napoléoniennes

    Une apparence tout à fait inoffensive.

    Ca commence comme un jeu…

    Ca continue comme une tragédie…

    Ca devient une simple manie…

    Qui se transforme en névrose obsessionnelle…

    Pour se changer en psychose à tendances schizoïdes… puis régressives…

    Et se termine en paraphrénie convulsionnelle et en démence paranoïaque !

    NOUS SOMMES DEVENUS FOUS, les France-May, Miguel, Yann, Quentin, Pascal, Cyril ou moi-même, Gabriel. Nous avons passé plusieurs mois dans un état second, hâves, hagards, nous amaigrissant au fur et à mesure qu'un feu intérieur nous dévorait et qu'une étincelle inhumaine brillait dans nos prunelles brûlantes de fièvre.

    Maintenant que, convalescents, nous revenons peu à peu à une vie normale, j'essaie de me remémorer sans passion comment tout cela a commencé. C'était une boîte. Oui, c'est cela, une boîte d'un bleu attrayant avec une carte géographique, des drapeaux et une missive sur le couvercle et en lettres plus ou moins d'époque : Diplomatie. C'était un, mes mains tremblent encore à l'énoncé de ces noms… un Jeu de Stratégie et de Négociations. Un de ceux que l'on trouve maintenant partout, en vente libre, sans ordonnance, à la portée de n'importe qui, des enfants comme des vieillards.

    Qui aurait pu arrêter cette funeste destinée, lorsque ma main et ma curiosité malsaines ouvrirent cette boîte maudite ? Qui aurait pu me dire qu'avec ce geste stupide, je mettais en branle l'impitoyable mécanisme de la démence précoce ?

    Pourquoi n'ai-je pas bâillé d'ennui devant ces petits bouts de bois colorés et vague carte de géographie censée représenter l'Europe, théâtre guerrier ? Pourquoi devant ces feuilles d'ordre, ces symboles, ces abréviations, ces règles du jeu si complexes, si longues et si rébarbatives, n'ai-je pas dit : "y a vraiment des connards qu'ont rien à foutre !" et ai-je dit à la place : "ça a l'air marrant, si on essayait pour voir ?". Nous vivions là nos derniers instants de tranquillité.

    Pour ceux qui, vraiment, n'ont jamais jamais entendu parler de ce jeu (est-il possible qu'il en reste ?) je dois expliquer en deux mots ce que c'est. Vous êtes le dirigeant d'un pays, chefs d'unités militaires maritimes et terrestres, vous avez en face de vous six chefs de puissances adverses et vous devez mener avec eux bataille au moyen de bouts de papier, de crayons et surtout d'un bon gros tas de règles compliquées à souhait. Ce jeu se situe au début du XXe siècle, vous remplacez donc un personnage historique, vous, si minable, vous pouvez dire : "tiens, je vais envoyer une flotte se faire massacrer au sud… pendant que j'envoie deux armées se faire étriper au nord, comme diversion…", comme les vrais, ce jeu est un encouragement direct à la mégalomanie la plus débridée, bref, vous pouvez refaire au choix, Lépante, Barbarossa, le Débarquement, etc.

    Nous tirâmes au sort pour savoir qui de nous sept serait le Tsar, le Sultan ou encore le Kaiser. Par exemple, le titre d'Impératrice d'Allemagne tomba sur France-May, celui d'Empereur d'Autriche-Hongrie tomba sur moi. Nous rigolâmes.

    Car à cette époque, nous rigolions encore. Et nous nous attaquâmes aux règles. Trois migraines plus tard, nous étions fin prêts pour abandonner et jouer aux dominos ou à la marelle, mais en regardant mieux dans le livret, nous nous aperçûmes que ces fumiers avaient tout prévu : pour rendre l'apprentissage plus accessible, ils fournissaient une partie d'entraînement, représentant une guerre dans son intégralité. Avant de passer à la vraie, il faut s'entraîner un bon mois dessus, histoire d'assimiler les principales règles.

    Car, pauvre béotien qui débarquez devant le jeu, qu'allez-vous croire ? Que parce qu'il a la forme d'un rectangle départagé en uniquement soixante-seize territoires, on y joue plus facilement qu'aux dames et ces cent cases ? Sachez, pitoyable innocent, que ce petit bout de bois de couleur rose n'est pas le misérable pion d'un misérable jeu de société : c'est une flotte de forme oblongue, flotille de la Royal Navy en route vers la baie d'Héligoland, elle peut, lors d'un même coup soit défendre et convoyer, soit couper un soutien en attaquant, soit soutenir les troupes françaises à terre pour repousser les Teutons des Pays-Bas, mais si elle soutient, alors, elle ne peut pas protéger Londres d'une éventuelle trahison bleue et d'un débarquement dans la capitale anglaise. Néanmoins, la portée d'une telle prise serait réduite par la conquête de deux nouveaux centres de ravitaillement en Russie garantissant la reprise des territoires perdus du territoire national dès l'année suivante. A moins que l'Allemand prévenu de la trahison française, ne s'occupe pas de défendre son front sud-ouest pour attaquer son front nord. Mais si l'Allemand agit ainsi, il devra rompre son traité avec les forces italiennes qui pourront essayer, rancunières, de rentrer à Munich.

    Ne riez pas. Lorsque la guerre commença, on pouvait déjà distinguer une lueur inquiétante dans nos prunelles que n'effaçaient pas les derniers ricanements moqueurs. Car à ce moment-là, nous avions déjà lu deux livres chacun sur la Première Guerre mondiale, étudié deux ou trois parties, regardé plusieurs fois une émission de télé enregistrée sur notre lecteur DVD.

    Si les premiers mouvements furent joués d'un esprit léger et disons-le, encore ludique, les choses se gâtèrent très rapidement. Surtout quand Pascal commença à lire pour complément d'information la vie de Victor-Emmanuel II en douze tomes par un membre de l'Académie et que pour vérifier l'exactitude des règles, Quentin s'entourait d'ouvrages spécialisés. Au bout de deux mois, les symptômes névrotiques obsessionnels et paranoïaques devinrent évidents pour un homme averti. Les coups qui nous prenaient au début un quart d'heure de négociation et de réflexion (DL oblige) duraient maintenant une semaine en moyenne, nous ne nous appelions plus par nos prénoms mais par nos titres d'hommes d'Etat, tout autre préoccupation disparut peu à peu de notre vie quotidienne. Au troisième mois, nous nous rendîmes à l'Ossuaire de Douaumont et, respectueux, nous nous recueillîmes en silence sur les tombeaux de ces grands hommes et admirâmes avec émotion les os de nos braves soldats. Au quatrième mois, Cyril se relevait la nuit pour noter des éclairs de génie tactique, les prénoms que nous trouvâmes pour son hypothétique futur enfant furent Victoria ou Joséphine pour une fille, Abdülhamid ou Guillaume pour un fils. Les livres s'accumulaient, les document s'entassaient sur nos chaises respectives. Trouvant par un incroyable hasard les mouvements de la première partie du premier championnat du monde de Diplomatie, je la reconstituais de mes doigts tremblant d'émotion sur l'édition anglophone achetée sur PriceMinister pour l'occasion et présentée comme la boîte de 1988 (année de ce championnat du monde) par son vendeur.

    Nous en étions au cinquième mois. Yann, jouant la France et m'attaquant mon Autriche-Hongrie, avait pris la sale manie de se caresser l'estomac après un pèlerinage à Austerlitz. Ceint de sa petite redingote, il faisait les cent pas dans la salle de jeu déserte, abandonnée par les joueurs de Caylus depuis bien longtemps, méditant une foudroyante attaque sur mes positions simultanément par mer et par terre, je me réveillais la nuit en sueur, torturé par l'obsédante question de savoir pourquoi je ne possédais pas le soutien de Quentin et de Miguel. La mère de Quentin menaça d'appeler le médecin, la mère de France-May de faire un autodafé avec tous les livres accumulés. Tel le dernier carré de la garde, entouré de son auréole de gloire dans le crépuscule sanglant, ils tinrent bon et répondirent merde.

    Nous ne mangions plus, nous nous moquions de tout le reste. La seule actualité qui nous fit réagir fut la victoire aux municipales d'un maire bolchévique, euh, je veux dire communiste dans la commune natale de l'un d'entre nous.

    Mais un jour marqué de son glas funèbre, ce qui devait arriver arriva : n'ayant pu m'entendre suffisamment avec mes voisins et adversaires, je fus contraint de capituler en compagnie de mes partenaires de jeu Cyril, Quentin, Pascal, Miguel et France-May. Yann rayonnant et nous six autres consternés. Emile Loubet, président de la République française était vainqueur, l'Europe était sienne. Nous téléphonâmes aussi sec la nouvelle aux amis. Leur surprise fut proportionnelle à leur inquiétude face à notre état de ces derniers mois : ils nous raccrochèrent tous au nez. Faut dire qu'il était quatre heures du matin.

    Depuis, nous allons mieux, la maman de Quentin a malencontreusement emmené le jeu chez Emmaüs lors du grand ménage de juin. Le Tsar et ses pairs dirigeants de l'époque ont repris dans nos têtes leurs places de bouchers historiques, nous ricanons de nouveau sainement devant un uniforme. Et puis je ne m'intéresse plus qu'aux jeux vidéo. J'ai justement entendu dire qu'ils allaient sortir Axis IV Pacific Ocean chez Mindscape avec possibilité de réunir plusieurs joueurs en ligne.

    =-=-== fin ==-=-=

    1 réponse Dernière réponse
    0
    • S Hors-ligne
      S Hors-ligne
      SisterOfMercy
      a écrit sur dernière édition par
      #2

      Bravo ! ^^

      1 réponse Dernière réponse
      0
      Répondre
      • Répondre à l'aide d'un nouveau sujet
      Se connecter pour répondre
      • Du plus ancien au plus récent
      • Du plus récent au plus ancien
      • Les plus votés


      • Se connecter

      • Vous n'avez pas de compte ? S'inscrire

      • Connectez-vous ou inscrivez-vous pour faire une recherche.
      Powered by NodeBB Contributors
      • Premier message
        Dernier message
      0
      • Catégories
      • Récent
      • Mots-clés
      • Populaire
      • Utilisateurs
      • Groupes